La lycanthropie clinique

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler de la lycanthropie clinique, que nous avons déjà évoquée sur ce blog mais sans la développer. Pour faire court, il s’agit d’une maladie psychiatrique qui a pour conséquences que la personne atteinte se croit transformée en loup. Un célèbre cas (même s’il s’est déroulé à une époque où on n’utilisait pas encore le terme de lycanthropie clinique) est le suivant : dans un village, un homme se croyait atteint de lycanthropie. Pour protéger les autres habitants du village, il s’est réfugié à l’écart, dans une grotte. Pendant sa retraite, des loups affamés ont attaqué le village plusieurs soirs de suite, causant des dégâts parmi les villageois, parfois dévorant des enfants. Un jour, les villageois se sont défendus, ont tué les loups, et conservé leurs corps. Plus tard, l’ermite est revenu au village. Ayant entendu parler des attaques de loups, il avait été persuadé en être à l’origine. Quand les villageois lui ont montré les carcasses des animaux, il a été forcé de reconnaitre qu’il n’y était pour rien.

J’ai récemment eu la chance de rencontrer le psychiatre Didier Bourgeois avec qui j’ai pu aborder le sujet de la lycanthropie, et qui m’a donné quelques pistes concernant la lycanthropie clinique. Voici un condensé de l’échange passionnant que nous avons eu tous les deux :

« Pour bien cerner la lycanthropie clinique, il est nécessaire de replacer le mythe du loup-garou dans son contexte, puisqu’il ne faut pas oublier que la psychologie est toujours influencée par la culture. Ainsi, la lycanthropie ne peur éclore que dans un contexte favorable. La lycanthropie est décrite dès l’époque grecque, notamment chez les populations d’Europe Centrale. Notons qu’à cette époque, elle est à la fois considérée comme possible et extraordinaire.

Elle se rapproche de la sorcellerie au Moyen-âge puis avec l’extinction du loup, elle disparait pour faire place à d’autres types de transformation.

En dehors du contexte européen, la lycanthropie n’est souvent qu’une forme parmi d’autres de zoomorphie. Je précise que contrairement à chez nous, dans de nombreuses sociétés (animistes ou chamanistes) la transformation est socialement acceptée. Enfin, sachez que la lycanthropie existe toujours dans des sociétés d’Afrique centrale grâce aux pratiques vaudou. Ces « transformations », qui sont plus de l’ordre de la pratique socioculturelle que de la psychiatrie à proprement parler sont parfois facilitées par la prise de drogues, psychodysleptiques notamment. Carlos Castaneda, que vous connaissez sans doute, a décrit ce genre de transformations et pourrait même les avoir vécues lui-même. Il fut l’un des premiers à utiliser le peyotl pour vivre des expériences de transe, et de transformation.

D’un point de vue pathologique, puisque c’est ce qui vous amène aujourd’hui, je distingue deux cas liés à la lycanthropie : ceux qui pensent se transformer en loups et ceux qui pensent avoir été attaqués par un loup. Dans les deux cas, ces délires renvoient à leur conviction.

On note dans l’histoire quelques rares cas de délires spontanés psychotiques où la personne pense se transformer en loup. Il s’agit de psychoses qui relèvent de ce que les anciens définissaient comme « mélancolie », c’est-à-dire un délire qui n’est pas agréable. On retrouve encore ce terme aujourd’hui dans ce que nous qualifions de dépression mélancolique. Il s’agit de dépressions très fortes qui renvoient à une culpabilité. Une fois encore, on peut distinguer deux cas :

– J’ai fait une faute, donc je me transforme en loup. Ici, la transformation est la punition d’une action.

– Je me suis transformé en loup, ce qui est une mauvaise chose. La transformation devient alors la cause de la mélancolie. »

Merci à lui !

D’autres maladies ont été évoquées comme étant à l’origine du mythe du loup garou :

  •  La maladie de Gunther, qui se soigne par transfusion sanguine et qui a parfois pour conséquence de développer le système pileux des personnes qui en sont atteintes, et de les rendre sensibles à la lumière (souvent aussi évoquée comme à l’origine du mythe des vampires : l’ail en accentuerait les effets). La théorie née au XXe siècle selon laquelle cette maladie affreuse aurait donné naissance au mythe a rapidement été contestée et n’est plus considérée comme sérieuse aujourd’hui.
  • La rage, tout simplement. En effet, les loups n’attaquent jamais l’homme sauf dans des cas extrêmes. De nombreuses personnes pensent que, dans les stages avancés de la maladie, lorsque le cerveau est atteint, ils deviennent plus agressifs, et semblent donc plus violents, comme possédés. Cela corrobore les descriptions de loups garous ressemblant physiquement à des loups mais plus puissants, habités par le démon.

Ici la photo de la main d’un homme atteint de porphyrie, ou maladie de Gunther.

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2 réflexions au sujet de « La lycanthropie clinique »

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